Raymond Gagnon est décédé le 27 mai dernier d’une crise cardiaque à l’âge de 65 ans. Président de l’AMECQ de 1990 à 1994, puis de 1998 à 2000, il assuma entre-temps le rôle de trésorier de l’Association. Sans Raymond Gagnon, l’AMECQ n’existerait plus. C’est lui qui, lorsqu’on s’apprêtait à fermer l’Association en 1990, lors du congrès tenu au Cégep de Rivière-du-Loup, s’est levé et a déclaré : « si l’AMECQ est pour mourir, elle va mourir debout et non pas à genoux ». Il fut désigné président et su rapidement mobiliser une équipe autour de lui. Il a relancé l’Association.
Militant syndical acharné, il fut président du syndicat du Centre hospitalier Saint-Michel où il travailla à titre d’infirmier pendant de nombreuses années. Raymond fut aussi secrétaire du Conseil central de Montréal (CSN) sous la présidence de Michel Chartrand, au cours des années 1970. Grand défenseur des causes sociales, Raymond était impliqué auprès de nombreux organismes communautaires de Saint-Michel, son quartier. Il fut, entre autres, président de l’AQDR Saint-Michel et du Carrefour populaire et contribuait au journal Le Monde depuis 1985.
Raymond Gagnon était un homme de conviction. Fidèle à ses principes, Raymond s’est toujours tenu debout, il était un être entier. Rebelle et fier de l’être, il se qualifiait lui-même d’éternel adolescent. Quel personnage : cigarette au bec, café à la main, les baskets délacés, la chemise sortie des pantalons… voilà une image dont on n’est pas prêt d’oublier. On se rappellera également son grand coeur et sa générosité.
Raymond Gagnon aura vécu sa vie intensément.
Un dernier verre de rhum à ta mémoire… Salut Raymond !
Yvan Noé Girouard
Raymond Gagnon: un chef, un père et un ami
Éric Jabbari
Le mois dernier, le journal communautaire Le Monde perdait un membre clé de son équipe. M. Raymond Gagnon, le directeur du journal, est décédé le vendredi 27 mai dernier, suite à une crise cardiaque. Il avait 65 ans, l’âge d’une retraite bien méritée. Or, M. Gagnon avait une conception très particulière de sa retraite. Après avoir œuvré dans le milieu hospitalier, il se dévoua à l’action communautaire, une passion qui demeura la sienne jusqu’à son dernier souffle. Impliqué dans une foule d’organismes et d’initiatives, il les marqua tous par son travail acharné, la force de son caractère et la générosité de son esprit.
Cet engagement communautaire n’était que la suite logique d’une vie qui avait reflété l’évolution du Québec contemporain. Destiné à la prêtrise, Raymond Gagnon délaissa la soutane alors que la société québécoise délaissait son héritage clérical. Devenu aide infirmier puis infirmier, il s’impliqua dans les combats politiques et syndicaux de son époque. Durant les années 60, il fut un membre de l’exécutif du RIN (Rassemblement pour l’Indépendance Nationale) et devint un des responsables de la CSN (Confédération des Syndicats Nationaux). C’est à cette époque qu’il fit la connaissance de figures historiques telles Pierre Bourgault, Michel Chartrand et Marcel Pépin. Au delà de ces rencontres, cette action militante confirma sa double préoccupation pour le progrès social et la cause nationale.
Raymond Gagnon demeura fidèle à ses idéaux de jeunesse tout en admettant un certain désenchantement concernant l’évolution des milieux syndicaux et politiques. Il avait perdu sa naïveté d’antan mais restait convaincu que l’implication de tous dans les affaires de la Cité était nécessaire pour faire avancer la société. Il était un idéaliste, mais un idéaliste qui avait perdu certaines illusions sur la nature des hommes et des choses. « Qu’aurais-je fait si j’avais gagné ? » nous confia-t-il lorsqu’il évoqua, le sourire aux lèvres, sa candidature malheureuse aux élections provinciales de 1989. Cette anecdote résume bien les contradictions d’un homme engagé qui ne perdait pas de vue les dures contraintes de la réalité.
La vie d’un homme ne se résume pas aux grandes étapes de sa vie sociale, politique ou professionnelle. Elle s’explique aussi par l’empreinte que laisse sa personnalité sur les personnes qui l’ont connu et côtoyé. M. Gagnon était tout un personnage; on pourrait dire que c’était un excentrique. Toujours vêtu d’un vieux T-shirt et d’une vieille paire de pantalons, accoutumé à la nicotine, aimant la bonne chère, il veillait aux affaires du journal à sa manière bien particulière, dans une ambiance de chaos organisé. Tout ce faisait à temps sans qu’on puisse retracer l’origine et le développement de sa démarche gestionnaire. Ce qui importait, c’est qu’on pouvait se fier aux résultats observés.
Il veillait à l’équipe du journal comme un père ou une mère qui s’occupe de sa propre famille, et il nous préparait des plats qui étaient toutes aussi excentriques que sa propre personnalité. Pendant des semaines, on avait rit de ses beignes déformés et de sa tarte aux corn flakes…Oui, une tarte aux corn flakes qui, disait-il, était typique de la région de Rimouski. On pouvait douter des origines de ce dessert, mais il n’en demeure pas moins que ses gestes démontraient qu’il nous portait tous dans son cœur.
Pour Raymond Gagnon, la lutte pour une plus grande solidarité sociale n’était pas une idée abstraite mais une nécessité pratique qu’il mettait en œuvre dans ses relations interpersonnelles ainsi que dans action militante et communautaire. C’est une leçon qui mérite d’être méditée.
Nous tenons à saluer la vie et l’œuvre de ce citoyen exemplaire tout en offrant nos condoléances aux membres de sa famille.
Raymond Gagnon, un homme dévoué à Saint-Michel
Guy Jolicoeur
Je suis encore sous le choc. Raymond Gagnon n’est plus. Je l’ai appris le soir même et j’en suis encore tout bouleversé. Raymond, c’était plus qu’un ami, c’est un compagnon de route depuis plus de 20 ans, avec qui j’ai travaillé, lutté et regardé les évènements se bousculer à St-Michel. Raymond aimait ce quartier qui n’était pas facile : il n’a jamais eu peur de se salir les mains. Il était de tous les combats, de toutes les organisations communautaires d’importance. En fait, la vraie question c’est : comment Saint-Michel va-t-il réussir à fonctionner sans Raymond Gagnon ?
Il avait été élevé à la dure, près de la frontière américaine, dans le bout du Témiscouata. Il avait un vieux fond catholique, ayant étudié dans un pensionnat en latin. Il avait ensuite fait un peu de médecine et avait fini comme infirmier auxiliaire au Centre Hospitalier Saint-Michel. C’est là que je l’ai connu au sein du journal communautaire Le Petit Monde alors qu’il était officier syndical. Il croyait que c’était important l’information et il s’était assuré qu’un journal allait donner toute l’information à ses confrères et consoeurs de travail. Rapidement, Raymond était devenu indispensable au journal et c’est lui avec Lucie et moi qui avions endossé le prêt du journal. Plus tard, il me racontait comment il était fier d’avoir fait ce geste alors que les autres journaux communautaires mouraient à Montréal.
Raymond avait le cœur bien à gauche. Il n’a jamais eu peur de se présenter en politique ou de défendre ses convictions nationalistes. Il était progressiste et n’avait pas peur de critiquer l’establishment quel qu’il soit. C’est lui qui a sauvé l’AMECQ, l’Association des Médias Écrits Communautaires alors que tous les hebdos de Montréal voulaient la fermer. Il s’est battu pour rencontrer la ministre de la Culture d’alors, une certaine Liza Frulla, et l’a convaincu de financer l’Association pour trois années : avec le recul, il fallait avoir un certain culot pour croire au communautaire!
Des engagements, Raymond en a pris à la tonne. Appuyé par un bon secrétariat et une bonne trésorerie, Raymond « performait ». Tous ceux qui connaissaient Raymond savaient que l’ordre n’était pas sa grande qualité mais son dévouement, son grand cœur étaient toujours au rendez-vous! C’est ça qui va me manquer de lui, ce dévouement, cet honneur qu’il a toujours gardé malgré les mauvaises langues à son sujet. Je pourrais vous citer des dizaines d’exemples de gens qu’il a aidé et de causes qu’il a épousé.
Sa présence va me manquer. Sa présence va nous manquer. En fait, Raymond Gagnon ne faisait pas que vivre à Saint-Michel : il était un acteur important de Saint-Michel, bien plus qu’on peut le croire. Je ne voudrais pas qu’on oublie l’importance de sa contribution aujourd’hui. Salut, Raymond! Tu as fait ce que tu avais à faire. Tu peux te reposer maintenant.
HOMMAGE À RAYMOND GAGNON
Louise Daigle
C’est avec stupeur mais aussi beaucoup de regret que nous avons appris le décès de monsieur Raymond Gagnon, survenu le vendredi 27 mai 2005. Fidèle à lui-même, Raymond sera demeuré actif au journal communautaire Le Monde jusqu’à ses derniers instants.
Pour qui l’aura connu le moindrement, force est de reconnaître que Raymond était un homme des grandes causes. Mais une de celles qui lui tenaient le plus à cœur fut, sans contredit, celle de la reconnaissance de la presse écrite communautaire. Son passage à l’Association des médias écrits communautaires du Québec (AMECQ) depuis le début des années 1990, aura été le reflet de cette lutte constante, principalement auprès des instances gouvernementales.
Ses mandats à l’AMECQ comme président ainsi que ses autres fonctions exercées au conseil d’administration témoignent de ses préoccupations premières : la formation des artisans des journaux communautaires et de leur financement. Raymond était un homme de passion, un être généreux et un grand batailleur. Il avait compris que dans la défense des causes nobles et justes, le temps, bien malgré nous, s’étire sans fin, multipliant les saisons. Voilà bien pourquoi il ne comptait jamais son temps ! Pensait-il seulement à lui ? À Raymond, nous lui devons d’avoir cru en la spécificité de la presse communautaire, à l’importance de son rôle à l’égard de l’information locale et régionale ainsi qu’à sa contribution au développement socio-économique et culturel des régions. Voilà bien le legs qu’il nous laisse, à nous, artisans de cette presse dont nous sommes si fiers !
Solidaire avec ses semblables, Raymond était un homme « du monde ». Pour ceux et celles qui étaient présents au dernier congrès annuel de l’AMECQ, nous garderons en mémoire sa dernière intervention, celle du dimanche matin 1er mai, Journée internationale des travailleurs et des travailleurs. Ainsi, Raymond demandait aux actuels responsables de l’AMECQ de demeurer fidèles à sa mission, c’est-à-dire, de faire en sorte que l’association maintienne son rôle de rassembleuse et de représentante auprès de l’ensemble des journaux communautaires, et ce, tout en gardant son autonomie face à l’État.
À l’équipe du journal communautaire Le Monde et à sa famille, nous vous offrons nos plus sincères condoléances. C’est avec plein de reconnaissance, qu’aujourd’hui, Raymond, nous te disons merci pour toutes ces années de dévouement. Que seraient devenu l’AMECQ et la presse communautaire sans ta générosité et ta ténacité ? Tu auras eu beau te costumer, lors des Prix de l’AMECQ 2000, en cardinal de Richelieu, pour nous tu resteras plus qu’un monseigneur, Raymond. Pour nous, tu resteras un citoyen engagé dans sa communauté, et même plus, un « homme politique » dans le sens le plus noble du terme. Avec beaucoup de respect, nous te disons au revoir. Puisses-tu enfin connaître le repos !
MON ONCLE, MON GRAND FRÈRE
Lise Gagnon
Oncle Raymond, tu étais avant tout un homme qui aimait les autres. Tu respectais ton prochain dans son sens le plus large. Tu rêvais d'un monde meilleur, d'un monde sans inégalité. La cause des autres, souvent les plus démunis, te tenait à coeur.
"Solidarité mes frères et puis mes sœurs. Solidarité..." Combien de fois t’aie-je entendu chanter ce refrain ? De génération en génération, celle de mon père, la mienne et celle de mes enfants ont entendu ce leitmotiv.
Hier, j'ai fouillé dans mes souvenirs pour revoir un peu de toi et je suis tombée sur cette vielle boite de macarons que j'avais reçus de toi. Macarons aux slogans véhiculés par différents organismes (syndicat des travailleurs, condition de la femme au travail, rapprochement interculturel, activités de quartier, journal communautaire) dont tu étais souvent le porte-parole.
Ton quartier, St-Michel, c'était ta vie. Quelle fierté pour toi de nous faire découvrir la vie à travers tous ces gens que tu prenais plaisir à nous présenter. Tes amis devenaient nos amis et réciproquement tu considérais nos amis comme les tiens. Tu rêvais d'une société de réunion, d'une société de communauté. Ce n'est pas par hasard que tu t'es retrouvé au journal communautaire (LE MONDE) par amour et par conviction.
L'amour et la générosité, tu l'as investi dans chaque personne que tu croisais : le sans-abri qui dormait dans le portique de ton appartement, le solitaire rencontré dans le métro, les confrères de travail, ton propriétaire, le restaurateur du coin et j'en oublie, que tu écoutais attentivement. Tu nous aimais tous.
J'entends encore ton dernier au revoir :" je vous aime tous".
Sois heureux et vivant dans nos coeurs.
Tu nous manqueras.
Lise
2 juin 2005
RAYMOND GAGNON: source d’espoir et de fierté des démunis
François Marquis
Un hommage
Raymond Gagnon était une personne généreuse, coriace, difficile à cerner, qui a consacré le meilleur de sa vie à aider ses concitoyens et à défendre leur dignité et leurs droits. Il avait un visage à la Victor Hugo, un bras comme celui de Louis Laberge et le propos juste et raide de Michel Chartrand. L’honnêteté était sa marque de commerce.
Doué d’une grande intelligence, il avait une intuition et une justesse d’analyse souvent remarquables. Toujours le cœur à la bonne place, il savait mettre en valeur des talents de chacun, avec un vrai charisme pour promouvoir les causes sociales et la fierté des démunis. À Vivre Saint-Michel en Santé, il était un administrateur avisé, dévoué et vigilant. Au journal Le Monde, il a été pendant 20 ans le motivateur d’une pépinière de journalistes socialement engagés. À l’AQDR, il a valorisé et motivé des centaines de retraités.
Il m’a donné espoir
C’est Monsieur Gagnon qui a flairé ma passion d’écrire et de communiquer, pour me ramener au journalisme depuis deux ans. Comme rédacteur en chef, j’avais la plume agile, mais j’étais nul en informatique. Voyant cela, Raymond s’arrachait les cheveux, mais il a toléré mes limites contre vents et marées, pour me permettre de donner le meilleur de moi-même en information. Voilà ce que j’appelle de la valorisation et de la réinsertion sociale.
Monsieur Gagnon a rendu ce genre de service à plusieurs dizaines de personnes. Pour avoir fait cela, il mérite une mention d’honneur. Il est le citoyen de Saint-Michel qui a fait grandir de centaines de personnes en mal d’espoir et de dignité, sans rien exiger en retour.
HONNEUR À TOI, RAYMOND : tu es un grand parmi ceux que tu as fait grandir, tu es une source d’espoir et de fierté pour les jeunes, pour les aînés et toutes les personnes démunies du Nord-Est de Montréal. Tu nous manqueras. Adieu, cher ami.
Un homme au grand cœur
Pierre Brassard
C’était un homme qui ne vivait pas en fonction des idées dominantes de notre société, c’était un homme de combat et tout au long de sa vie, il a combattu pour plus de justice dans notre société, pour plus de justice pour ses semblables, pour ce à quoi il croyait.
C’était un homme d’une génération qui, dans les années 70, avait accepté de se battre pour que cette justice soit appliquée, ce qui l’avait amené naturellement dans le syndicalisme qui, à l’époque, était dominé par les forces rouges et animées par des idées révolutionnaires. Raymond Gagnon n’avait pas peur et il y était.
Son travail auprès des malades à l’hôpital Saint-Michel ne lui suffisait pas, il s’est joint naturellement à ses collègues pour assurer la défense des droits des travailleurs. Tout au long de sa vie, Raymond fut animé par cette flamme qu’il a su transmettre à certains ; le goût de ne pas accepter trop facilement, de se poser les questions et de refuser l’injustice.
Au fil de nos conversations, il m’a fait découvrir ce qu’aucun livre d’histoire du Québec ne m’avait raconté jusqu’à ce jour, tout un pan de notre histoire avec des précisions que seul une personne impliquée pouvait me raconter. Il fallait donc s’y attarder pour mieux la connaître et en même temps pour mieux le connaître lui, l’homme au grand cœur.
Au sein du journal communautaire Le Monde et de l’Association des médias écrits communautaires du Québec, où il a été président, j’ai constaté qu’il représentait énormément pour plusieurs personnes, que ses idées étaient toujours écoutées et qu’il était toujours animé par cette même flamme, prêt à aller au front pour défendre les plus petits, non sans en faire craindre certains.
Pour ma part, Raymond avait, ces dernières années, trois causes qui lui tenaient à cœur, le journal, car c’est une cause en soit, les personnes âgées et les jeunes. Ces deux dernières représentent bien, je pense, ce qui l’a toujours animé, une meilleure place pour ceux qui sont les plus fragiles dans notre société et plus de justice pour eux.
Son implication dans la communauté de Saint-Michel était très grande. Encore là, c’était pour les citoyens qu’il donnait de son temps, pour que cette communauté s’améliore. Il y aura contribué à sa manière, celle d’un battant.
Saint-Michel perd un très grand homme, un homme qui s’est donné presque en entier pour que son quartier devienne meilleur. Il nous manquera.