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Chaleur Terminals trouvera les Autochtones sur son chemin

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Photo : Gilles Gagné

Gilles Gagné, GRAFFICI, Gaspésie, été 2015

Les Autochtones de la Gaspésie entendent contrecarrer le projet de la firme Chaleur Terminais d'exporter du pétrole de l'Ouest canadien par le port de Belledune, au Nouveau-Brunswick. Le 6 juillet, ils ont annoncé qu'ils intenteraient une poursuite pour s'opposer à cette initiative.

Chaleur Terminais a récemment obtenu du gouvernement du Nouveau-Brunswick son permis de construction en prévision de l’érection d'un terminal de stockage de pétrole brut venant de l'Ouest canadien, dont des hydrocarbures qui viennent des sables bitumineux de l'Alberta.

Ce projet repose sur l'utilisation de trains blocs entre l'Ouest canadien et Belledune, en passant par la voie ferrée du Canadien National, longeant les rivières Matapédia et Restigouche. Le pétrole serait exporté par grands navires à partir de la baie des Chaleurs.

La première phase prévoit le passage de deux trains totalisant 220 wagons par jour. Le terminal nécessiterait un investissement de 150 à 300.M$.

Les Micmacs invoquent de nombreux motifs. Ils touchent la protection de leur mode de vie traditionnel et des ressources qu'ils exploitent, l'absence d'avantages économiques pour les citoyens de Listuguj, Gesgapegiag et Gespeg, de même que la protection de l'environnement régional et national.

Depuis des millénaires, notre territoire a nourri non seulement notre peuple, mais également notre culture et notre identité, mais ces privilèges viennent avec des responsabilités. Cela est d'autant plus vrai quant à notre devoir sacré de protéger le saumon, qui est déjà menacé. Nous sommes déterminés à contrer la menace que représente ce projet pour notre saumon, ainsi que les risques qu'il engendre pour nos familles et nos communautés. Nous n'avons pas donné notre consentement à ce projet dangereux et le gouvernement refuse même de nous consulter», dénonce le chef de Listuguj, Scott Martin.

Dans une lettre acheminée en juin au ministre des Affaires autochtones du Nouveau-Brunswick, Ed Doherty, le chef Martin s'en prend tout d'abord à la tentative du gouvernement d'inciter les Micmacs à discuter avec le gouvernement fédéral, principal interlocuteur avec les Autochtones quand plusieurs juridictions sont sollicitées.

« C'est une déclaration sans assise légale ou factuelle. Si le gouvernement [du Nouveau-Brunswick] prend une décision qui touche les Premières Nations, il doit les consulter», précise Scott Martin. Ponctuant régulièrement sa lettre de l'expression «en tout respect», le chef conteste aussi l'hypothèse émise par l'État néo-brunswickois selon laquelle les Autochtones ne sont pas concernés par l'activité industrielle de Belledune, un territoire où ils ne sont pas présents.

Il souligne qu'un usage industriel consacré depuis longtemps, comme celui de Belledune, ne signifie pas pour autant que les Autochtones ont renoncé à leurs droits sur ce territoire. «Les Mi'gmaq de Gespe'gewa'gi ont  des droits sur tout le nord du NouveauBrunswick», rappelle-t-il. Gespe'gewa'gi est un ensemble de sept territoires micmacs couvrant une partie de l'Est-du-Québec et des Maritimes.

Scott Martin s'inquiète de l'état du chemin de fer longeant les rivières Matapédia et Restigouche, en raison de « deux interventions d'urgence en autant d'années», et de l'utilisation des wagons citernes à simple coque pour transporter du pétrole brut dont la toxicité est empirée par des additifs, circulant «le long de frayères à saumon et de lieux de cueillette de plantes médicinales».

Il déplore enfin que des documents importants en relation avec le projet de Chaleur Terminais, comme les études portant sur l'intensité du trafic, sur les déversements, sur un plan d'urgence ainsi que sur les inventaires botaniques et fauniques, n'aient jamais été acheminés aux Premières Nations. «Nous aurions dû être invités à participer à la préparation de ces documents [ ... J. Des approbations ont été données sans notre consentement, sans notre contribution et sans que nous soyons informés de la publication de ces documents», signale Scott Martin.

Il note que le gouvernement fédéral n'a pas davantage pris contact avec les Premières nations dans le dossier Chaleur Terminais. Il s'agissait de la seconde intervention des Autochtones de la Gaspésie en un mois pour le projet de Belledune. Le 18 juin, la conseillère de Gesgapegiag Christianne Bernard avait indiqué que sa communauté considérait le projet illégitime, par manque de consultation.

La sortie de la conseillère s'inscrivait dans une prise de position collective, avec Tache d'huile, groupe militant pour la protection des écosystèmes et le transfert vers des énergies renouvelables, avec le maire d'Amqui Gaétan Ruest et le Conseil des médecins, des dentistes et des pharmaciens de la Baie-des-Chaleurs.

Philippe Aubin, médecin de Maria, affirme que le projet « représente un danger à toutes les étapes de sa manipulation», en référence à l'extraction, au transport par rail, au stocka gel à l’exportation par pétroliers et l'utilisation des carburants fossiles qu'il encourage.

«Le pétrole représente la plus grande menace pour la santé de l'humanité, par le biais des changements climatiques,' entre autres [ ... J. Ce projet-là maintient, continue, perpétue l'utilisation de ce type d'énergie », dit M. Aubin, qui souhaite une intervention du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement du Québec  dans l'affaire. Dans une réponse écrite acheminée à la fin de juin, la porte-parole de Chaleur Terminais, Carolyn Moore-Robin, fait une distinction nette entre le lieu de stockage de pétrole à Belledune et les modes de transport.

«Il semble y avoir beaucoup de confusion au sujet de ce que notre projet est et ce qu'il n'est pas. Nous sommes des clients du CN et du port de Belledune. Nous ne transportons pas de pétrole par rail ou par mer. Le CN sera responsable du transport ferroviaire pour nous et d'autres de ses clients, et le port de Belledune sera responsable de la portion maritime du projet », dit-elle.

Elle semble ainsi déresponsabiliser Chaleur Terminais des modes de transport que convoite cette filiale de Secure Energy pour exporter son pétrole, notamment vers l'Asie, à compter de 2016. Jusqu'à présent, l'exportation du pétrole d'Alberta vers l'Asie rencontre beaucoup d'opposition de citoyens vivant dans deux autres secteurs visés par les producteurs, la Colombie-Britannique et le Midwest américain.