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Dossier    Octobre 2004   

Au Lac Renaud : Les jeux sont faits, rien ne va plus
Par Stéphane Parent, Le Journal de Prévost, 19 août 2004


Un déversement d’une matière très brunâtre flottant sur les eaux du lac Renaud. À première vue, l’événement semble être la cause d’un facteur humain, les hypothèses sont toutefois nombreuses : déversement intentionnel ou accidentel, fossé non réglementaire ou chalets aux fosses septiques non raccordées.

Le match avait pourtant bien commencé ; la balle était dans le camp du ministre de l’environnement, Monsieur Thomas Mulcair. Le projet d’introduction de carpes herbivores au lac Renaud semblait possible.

Le projet était pourtant simple : utiliser des carpes herbivores stériles afin de contrôler la croissance des plantes aquatiques, mais tout particulièrement l’élodée du Canada.

Pourquoi choisir le lac Renaud ?
Dans un premier temps, parce qu’il est artificiel et que l’expertise de l’Alberta dans ce domaine est très vaste. Dans un deuxième temps, parce qu’il comble les conditions d’ensemencement énoncées dans certains États américains puisque aucun tributaire d’envergure ne permet la fuite de spécimens et qu’il est doté d’un barrage muni d’un tuyau de cinq pieds pouvant être grillagé.

Malgré le fait qu’une attachée politique s’occupait du dossier du lac Renaud et qu’un comité d’étude devait faire la lumière sur l’utilisation des carpes en Alberta, rien n’y fit. Après plusieurs mois d’attente, j’ai finalement reçu une lettre de deux pages du ministre Mulcair qui mentionne que de l’avis des experts attitrés à son ministère, « l’utilisation de carpe herbivore ne représente pas une solution acceptable pour les lacs du Québec ».

Deux pages d’avis de fonctionnaires pour me soumettre les solutions d’usage : diminuer le phosphore qui provient de vos fausses sceptiques, interdire l’utilisation de fertilisants, reboiser les rives, arracher vos plantes aquatiques à la main ou à l’aide de râteaux. Si vous avez les moyens, achetez-vous un faucardeur à 40 000 $ qui coupe et ramasse les plantes ou encore utilisez une toile pour bloquer la lumière, mais soyez prudents, car vous ne devez pas traiter plus de 15 % de la surface.

On vous conseille aussi d’utiliser la tribune d’une table régionale des lacs des Laurentides supervisée par CRELA. J’ai quelques réticences : comment m’asseoir à une table qui prône la gestion des bassins versants quand il me suffit de rester debout et de regarder les fosses polluer, les terrains déboisés, les engrais déversés. Comment croire qu’une ville ou qu’un village qui est en train de s’urbaniser va, du même coup, réussir à protéger l’environnement de façon efficace sans avoir les outils et les sommes requises.

Un coup de téléphone à Québec, au fonctionnaire du ministère de l’environnement, m’a permis de conclure qu’en vérité, la lettre ne constituait qu’une sorte de formalité administrative et qu’en réalité, ce sont les budgets alloués à ce ministère qui sont déficients et qui ne permettent pas de développer des approches plus diversifiées pour lutter contre l’eutrophisation des lacs.

Comment réagir ?
• Réitérer la demande d’ensemencement de carpes herbivores en déposant un projet plus étoffé et en s’adjoignant un enseignant de l’Université du Québec à Montréal.
• Choisir une autre option : celle d’extraire les sédiments par le biais des industries Normrock. Cette compagnie possède un excavateur amphibie qui permet d’extraire des débris et des sédiments du fond du lac en minimisant la resuspension des sédiments grâce au système de pompage.
• Continuer l’oxygénation du plan d’eau par des moyens mécaniques, afin de repousser l’apparition d’algues bleues.

Le gouvernement du Québec a fait un choix lorsqu’il a aboli son programme des lacs et Ponce Pilate aussi. Seulement, les lacs du Québec ne vont pas ressusciter du jour au lendemain. Pourtant, si l’on se fie à l’étude du RAPPEL qui parle de situation alarmante pour 70 % des lacs en Estrie, ils sont plusieurs à l’article de la mort.

Pour les Laurentides c’est loin d’être plus reluisant. L’étude des lacs par la station biologique de Saint-Hippolyte est restée en sourdine. Seul l’état du lac St-Pierre ou du MemphréMagog attire l’attention des médias. Pendant ce temps, des centaines de lacs vont se transformer sous nos yeux, comme Bruce Banner, en un genre de monstre un peu trop vert.


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