Madame la ministre, Madame Gingras, Monsieur Cloutier, Madame la modératrice,
L’Association des médias écrits communautaires du Québec a été fondée en 1980 et compte aujourd’hui 87 journaux et magazines communautaires. On entend par communautaire, des journaux de propriété collective et de gestion démocratique, édités par des organismes à but non lucratif, diffusant principalement de l’information locale et régionale. Le mandat de l’AMECQ est d’offrir des services de soutien et de formation aux gens qui oeuvrent dans la presse écrite communautaires.
L’AMECQ répond aujourd’hui aux quatre grandes orientations formulées dans le rapport « Pour une information au service de l’intérêt public ».
1. Le statut de journaliste professionnel
L’AMECQ ne s’oppose pas à la création d’un statut de journaliste professionnel qui tiendrait compte du caractère spécifique et unique de la fonction journalistique, pourvu que cela n’interdise à quiconque l’exercice du journalisme.
Il faut noter que plus de 80 % des personnes qui exercent des fonctions journalistiques dans la presse écrite communautaire au Québec le font de manière bénévole. Nous sommes conscients qu’ils ne peuvent porter le titre de journaliste professionnel. Par contre, près de 20 % exercent le métier de journaliste à temps plein et sont rémunérés en conséquence. Ces derniers pourraient donc être assujettis au titre de journaliste professionnel.
Bien entendu, qu’elle soit bénévole ou employée, la personne qui exerce des fonctions journalistiques dans la presse écrite communautaire doit respecter l’éthique journalistique. L’AMECQ recommande à ses membres de se baser sur le code du Conseil de presse du Québec intitulé « Droits et responsabilités de la presse ».
De plus, l’AMECQ met à la disposition de ses membres de nombreux fascicules de formation ainsi qu’un DVD portant sur l’écriture journalistique afin de bien outiller toute personne ayant à cœur d’écrire dans un journal communautaire.
En ce qui concerne l’émission d’une carte de presse, l’AMECQ en émet une depuis plusieurs années, attestant que la personne identifiée exerce des fonctions journalistiques pour un journal membre en règle de l’Association des médias écrits communautaires du Québec. Il ne s’agit pas d’une carte de compétence, mais plutôt d’une carte d’identité pour un journaliste communautaire. L’AMECQ souhaite conserver le privilège d’émettre ses propres cartes de presse.
2. Le rôle du Conseil de presse
Le rôle principal du Conseil de presse est de veiller au respect de la déontologie par les journalistes et les entreprises de presse. Bien que primordial, ce rôle est présentement minime et semble bien peu efficace. Le gouvernement du Québec devrait être en mesure d’apporter un soutien financier afin que le Conseil de presse puisse être beaucoup plus efficace.
Il devrait y avoir une obligation pour tous les médias de faire amende honorable et de se rétracter lorsqu’ils reçoivent un blâme du Conseil de presse et non seulement de s’en tenir à une « obligation morale » dont la plupart d’ailleurs ne s’acquittent pas.
Parlant de rétractation, le rapport Payette fait mention de la possibilité de revoir La Loi sur la presse. Rappelons qu’en 1990, l’AMECQ avait présenté un mémoire au ministère de la justice pour que cette loi qui nous apparaissait déjà désuète soit modifiée.
L’article 1 de la Loi sur la presse se lit comme suit : « Le mot "journal", aux fins de la présente loi, signifie tout journal ou écrit périodique dont la publication à des fins de vente ou de distribution gratuite a lieu à des périodes successives et déterminées, paraissant soit à jour fixe, soit par livraisons et irrégulièrement, mais plus d'une fois par mois... » Cela exclut la quasi-totalité des journaux et magazines membres de l’AMECQ.
L’AMECQ est favorable à ce que la Loi sur la presse puisse favoriser tout média, peu importe sa fréquence de parution, de manière à ce qu’il puisse se rétracter, s’il y a lieu, dans un délai correspondant à sa fréquence de parution.
3. L'augmentation des ressources allouées aux médias communautaires
Rappelons que le programme d’Aide au fonctionnement pour les médias communautaires a été bonifié à la suite de propositions soumises en 2005 dans le cadre des travaux du Comité directeur sur les médias communautaires présidé par votre collègue Dominique Vien, alors adjointe parlementaire de la ministre de la Culture et des Communications, Line Bauchamp. Ce programme est efficace et vital pour les médias communautaires. Ce programme est grandement apprécié de la part de nos membres. Il n’existe pas d’insatisfaction à l’endroit du programme.
Madame la ministre, vous n’êtes pas sans savoir que les médias communautaires ont été pris de court en juin dernier lorsqu’ils ont appris que leur financement triennal avait été suspendu, une décision allant à l’encontre de la politique gouvernementale de l’action communautaire autonome. Ajouté à cela, le 22 août dernier, la présentation par votre ministère d’un document où l’on peut y lire clairement en page 18 une question à savoir si le soutien de l’État à l’égard des médias communautaires est toujours pertinent.
Il n’en fallut pas plus, vous en conviendrez, pour créer un état d’inquiétude chez les responsables des journaux communautaires. Plusieurs de nos membres, ont durant le cours de l’été, et vous en avez probablement eu des répercussions, rencontré leurs députés pour les sensibiliser à la précarité de la situation.
Madame la ministre, vous avez mentionné à Québec le 21 octobre et à Rouyn-Noranda le 28 octobre, que le programme d’aide au fonctionnement pour les médias communautaires ne serait pas aboli mais enrichi. Vous nous en voyez rassurés. À cet effet, nous avons quelques recommandations à formuler :
- Nous recommandons que le programme soit dès l’an prochain bonifié de 15 %, et ce, sans aucune condition additionnelle contrairement à ce que préconise le rapport Payette, et qu’il soit par la suite indexé annuellement de 2,5 %;
- Afin de favoriser la prise en charge de l’information locale et régionale par la population et l’émergence de nouveaux journaux communautaires, nous recommandons que le programme soit accessible aux journaux ayant eu trois parutions étalée sur six mois au lieu de six pendant une année comme c’est le cas présentement;
- Nous suggérons la possibilité que les médias écrits ne publiant que sur Internet soient admissibles au programme, en autant qu’ils soient de propriété collective, de gestion démocratiques, incorporés comme organismes à but non lucratif et diffusent principalement de l’information locale et régionale. D’ailleurs, le conseil d’administration de l’AMECQ se prononcera le 1er décembre sur une proposition d’accepter ces médias comme membres de l’Association;
- Nous préconisons également que le programme puisse être doté d’un addendum facilitant l’embauche de journalistes « professionnels » rémunérés pour les journaux qui en feraient la demande;
- De plus, nous souhaitons que le gouvernement du Québec veille au respect de sa politique prévoyant le placement de 4 % de la publicité gouvernementale dans les médias communautaires. Ce respect de l’application du 4 % devrait s’appliquer non seulement aux ministères, mais également aux sociétés d’État. Il est toutefois déplorable que depuis sa création en 1995, cet objectif n’ait jamais été atteint. Au contraire, depuis la directive du ministre des Finances de réduire de 25 % l’achat de publicité gouvernementale, les journaux communautaires représentés par l’agence officielle de l’AMECQ ont connu l’an dernier une diminution de 38,5 % de leurs ventes auprès du gouvernement du Québec. Les rapports détaillés des ventes de publicité ont été déposés il y a quelques jours auprès de la Direction des médias et des télécommunications;
- Nous souhaitons que toutes modifications apportées au programme d’Aide au fonctionnement pour les médias communautaires fassent l’objet d’une entente entre les trois associations de médias communautaires et le MCCCF et que le comité permanent réunissant les fonctionnaires du ministère et les dirigeants des trois associations se rencontre sur une base régulière afin de maintenir les bonnes relations et éviter dans l’avenir les mauvaises surprises concernant des décisions prises unilatéralement;
Enfin, nous soulignons à votre attention que des taxes additionnelles seront facturées aux journaux communautaires. Avec l’entrée en vigueur, en juin dernier, de la nouvelle loi 88 sur le recyclage, RecycQuébec oblige Recycle Médias à augmenter le coût de la tonne métrique pour les journaux, indexés de 1,38 $ à 3,92 $ pour 2011 et 4,10 $ pour 2012 et en contribution payable en placements publicitaires à raison de 22,38 $ par tonne métrique en 2012 et 22,83 $ en 2012. Ce sont des dépenses supplémentaires auxquelles les journaux communautaires n’étaient pas confrontés dans le passé.
Plateforme d’information interrégionale de Télé-Québec
Bien que l’AMECQ se dise favorable à la réalisation par Télé-Québec d'une plateforme d’information interrégionale sur Internet en utilisant les contenus et les ressources des médias communautaires, nous constatons que ce projet demeure pour l’instant plutôt « surréaliste ». Il faudra connaître les modalités de fonctionnement de ce projet et savoir quelle sera de manière concrète l’implication demandée aux journaux communautaires. En fait, ce sera à eux de décider s’ils adhèrent ou non à ce projet.
En conclusion
L’AMECQ émet le souhait que les propositions adoptées à la suite de la consultation publique ne viennent aucunement affecter le programme d’Aide au fonctionnement pour les médias communautaires et ne nuisent pas à la publication d’un média écrit communautaire.
En terminant, Madame la ministre, nous réitérons l’invitation qui vous a été faite de venir assister à notre congrès annuel à Rivière-du-Loup en avril prochain afin de vous familiariser davantage avec les journaux communautaires et vous adresser directement aux artisans de la presse écrite communautaire.