Matthieu Max-Gessler, La Gazette de la Mauricie, Trois-Rivières, le 29 novembre 2011
Interrogée sur l'avenir du Programme d'aide au fonctionnement des médias communautaires (PAF), la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition Féminine (MCCCF), Madame Christine St-Pierre, s'est voulue rassurante lors de son passage à Trois-Rivières, vendredi dernier. Celle-ci a admis avoir «peut-être mal choisi ses mots» dans des interventions précédentes à la consultation et «qu'il n'est pas question d'abolir le PAF.»
Les intervenants du milieu pour une bonification du PAF
Dans le cadre de la consultation du ministère «Pour une information au service de l'intérêt public», les intervenants liés aux médias communautaires du Centre-du-Québec et de la Mauricie présents ont unanimement plaidé en faveur d'une bonification du PAF. «Il faut modifier le Programme pour permettre une mise à niveau technologique, a insisté Francine Tousignant, directrice générale de Culture Centre-du-Québec. Beaucoup de journaux dépendent de bénévoles, il faut leur donner plus d'argent pour bonifier les activités journalistiques.» Pour sa part, Cynthia Rivard, directrice des communications et des relations publiques de Solidarité Rurale du Québec, a appuyé sur la nécessité de réviser la formule de financement. «Les médias communautaires ont besoin de moyens, a-t-elle ajouté. Il ne faut pas attribuer le financement seulement en fonction du volume de nouvelles, il faut voir d'autres paramètres comme la grandeur du territoire.»
Appui conditionnel à un statut professionnel
Si les intervenants du milieu de la presse se sont montrés ouverts, voire favorables, à la création d'un ordre professionnel pour les journalistes, plusieurs questions doivent trouver réponse avant qu'ils ne donnent leur feu vert. «Les médias communautaires de notre région sont favorable à un statut professionnel, mais ils s'inquiètent des coûts qui y seront reliés, a expliqué Mme Tousignant. Il faut éviter que ça donne l'avantage aux grandes entreprises de presse au détriment des médias communautaires.» Pour Dominique Fortier, directeur de la Télévision communautaire de l'Érable, la création d'un statut professionnel n'affecterait guère les médias communautaires. «On aimerait engager des professionnels mais il faut en avoir les moyens, déplore-t-il. Les professionnels qui viennent chez nous, c'est bénévolement, pour partager leur expérience ou pour faire leurs premières armes.» Une proposition circule à l’effet que le statut de journalisme professionnel s’applique dans le cas des personnes qui sont rémunérés dans le cadre de leurs fonctions auprès d’un média communautaire.
Le projet de Télé-Québec doit encore faire son chemin
Le projet de plateforme d'information inter régionale de Télé-Québec s'impose de plus en plus comme une solution viable à la montréalisation de l'information, mais elle ne convainc pas encore totalement. «Les Québécois ont une connaissance binaire du Québec: leur région et Montréal, a déploré Éric Lord, directeur général de Culture Mauricie. Culture Mauricie soutiendrait le projet de Télé-Québec, mais ce n'est pas une solution complète.» À l'instar de M. Lord, plusieurs acteurs croient qu'une plateforme uniquement présente sur le web marginaliserait une partie de la population, en particulier en milieu rural, selon Cynthia Rivard. «Il ne faut pas oublier qu'encore beaucoup de gens au Québec n'ont pas Internet, a-t-elle rappelé. Cette plateforme devrait aussi être intégrée à la programmation de Télé-Québec.»
Si le projet lui semble une idée viable, Raymond Corriveau, professeur à l'Université du Québec à Trois-Rivières et ancien président du Conseil de presse du Québec, ne croit pas qu'elle changera à elle seule la donne sur la montréalisation de l'information. «Il faut aussi un ordre professionnel pour faire pression sur un employeur qui refuserait la couverture d'un événement local, a-t-il affirmé. Pour que le public soit protégé, il faut que les journalistes soient protégés.» M. Corriveau a également profité de sa présence à la consultation pour rappeler le rôle qu'ont les médias communautaires pour ramener l'information en région.
La ministre St-Pierre doit encore se rendre à Saguenay et à Rimouski dans le cadre de la consultation. Le MCCCF déterminera ensuite la forme à donner à ses orientations, issues du rapport Payette paru en janvier dernier.