La ministre St-Pierre souhaite annoncer des mesures «d’ici l’été prochain»
Le Courrier parlementaire, le jeudi 26 janvier 2012
La consultation populaire portant sur l’information d’intérêt public dans les médias québécois a pris fin le 20 janvier dernier à Saguenay. Depuis le mois d’octobre, la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, qui pilotait cette consultation, a visité dix villes, entendu une centaine d’intervenants et reçu autant de mémoires. «J’aimerais d’ici l’été prochain être en mesure d’annoncer certaines mesures», dit-elle au Courrier parlementaire.
D’emblée, la ministre constate qu’il n’y a «pas beaucoup d’engouement» pour la première recommandation du rapport de Dominique Payette, c’est-à-dire l’adoption d’une Loi sur le statut des journalistes professionnels du Québec. Rappelons qu’en novembre 2009, la ministre avait demandé à Mme Payette de se pencher sur l’avenir de l’information au Québec dans un contexte de changements technologiques et de crise des médias.
«Il y a une multitude de plateformes maintenant, une multitude d’intervenants dans les différents médias et j’avais commandé un rapport à Dominique Payette pour me faire état de la situation», relate Mme St-Pierre. Au final, 51 recommandations ont été formulées dans le document intitulé L’information au Québec : un intérêt public, paru en janvier 2011.
Le ministère avait retenu deux principales orientations. La première est d’établir un nouveau modèle de régulation des médias québécois en créant un statut de journaliste professionnel et en consolidant le Conseil de presse. La deuxième consiste à soutenir la diversité des voix dans les médias.
Médias communautaires
La ministre des Communications, une fois le rapport en main, a alors «décidé d’aller sur le terrain et de faire la tournée du Québec pour cueillir les commentaires». Après cette tournée, elle dit éprouver une encore «plus grande admiration pour les médias communautaires qui travaillent avec vraiment les moyens du bord, qui sont présents partout, qui ont un rayonnement très, très, très important au Québec».
Parmi les demandes récurrentes des médias communautaires, il y a le souhait d’avoir accès à des subventions ministérielles même lorsqu’il s’agit d’un média électronique. Un meilleur financement est également réclamé. «On l’a fait en 2007 de façon assez importante. On a augmenté de 30 % l’enveloppe des médias communautaires. Mais pour eux, le temps est venu d’ajouter encore des fonds pour les accompagner davantage», observe la ministre.
Celle qui a été à l’emploi de Radio-Canada pendant une trentaine d’années accorde beaucoup d’importance à «l’information locale» et à «la diversité des voix». La «montréalisation» de l’information faisait partie des sujets abordés durant la consultation. «En région, on considère que ce qui se passe en région n’est pas beaucoup connu dans les grands centres, comme Québec et Montréal.»
Afin de remédier à cette situation, «il y a un projet qui est très, très embryonnaire que nous sommes en train de développer», explique Mme St-Pierre. Le ministère songe à confier à Télé-Québec le mandat d’examiner la faisabilité d’un projet de réseautage de l’information régionale sur Internet avec l’appui des médias communautaires, coopératifs et indépendants. Une telle plateforme électronique serait «alimentée par les régions», précise Mme St-Pierre. La mesure «ne règlerait probablement pas tous les problèmes», mais il s’agit d’un «élément que nous analysons».
La suite
Au cours des prochains mois, les fonctionnaires du ministère vont regarder les propositions et les commentaires recueillis lors de la tournée, afin de déterminer les suites à donner. Interrogée sur la possibilité que la question de l’avenir des médias soit examinée à l’Assemblée nationale, la ministre ne l’exclut pas. Mais elle ne croit pas non plus que ce sera le cas. «Je pense que ce que je viens de faire comme tournée un peu partout au Québec a fait le travail», tranche-t-elle.
Plusieurs recommandations du rapport Payette n’étaient pas sur la table lors de la consultation. «Ce qui a été retenu ce sont des éléments qui sont sous ma responsabilité comme ministre des Communications», explique Mme St-Pierre. Les suggestions qui ne relèvent pas de sa responsabilité «ont été acheminées et sont étudiées dans les différents ministères» concernés.
Le rapport proposait, entre autres, de faciliter l’accès à l’information pour les journalistes. Or, le ministre responsable de ce dossier est Yvon Vallières. Une consultation générale sur le rapport quinquennal de la Commission d’accès à l’information est déjà prévue au calendrier parlementaire. «La question du Code du travail est sous la responsabilité de Lise Thériault», poursuit la ministre St-Pierre, afin d’illustrer d’autres recommandations qui ne lui incombent pas. Puis le rapport fait référence à d’éventuels crédits budgétaires, alors que «c’est sous la responsabilité de mon collègue Raymond Bachand.»
Statut professionnel pour les journalistes
Avant d’entreprendre sa consultation portant sur l’information d’intérêt public dans les médias, la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, était «assez confiante» de trouver un consensus sur la création d’un éventuel statut de journaliste professionnel. «Cependant, ce qui se dégage sur le terrain, c’est qu’il n’y a pas de consensus du tout dans le milieu journalistique», constate-t-elle.
«Les propriétaires des grands médias sont en désaccord; ça je m’y attendais et je le savais. Ce qui m’a surpris davantage, c’est de voir que les syndicats sont tout à fait, même farouchement contre le fait d’encadrer le statut de journaliste dans une loi», s’étonne la ministre, en entrevue avec le Courrier parlementaire. «La surprise est très grande parce qu’on voit des syndicats, telle la CSN, marcher main dans la main avec les patrons. On n’a pas vu ça souvent au Québec.»
Mme St-Pierre observe aussi un certain «fossé générationnel» entre les journalistes. Alors que les plus jeunes «se sentent inquiets par rapport à leur profession», les plus anciens disent «on a fait notre travail, on a fait notre nom», relate-t-elle. Une disparité s’observe aussi entre les journalistes indépendants et ceux qui travaillent pour de grandes entreprises de presse. «Alors, ce n’est pas simple», résume l’ancienne journaliste de Radio-Canada.
Précisons que la tournée de consultation, amorcée au mois d’octobre, s’est terminée la semaine dernière. En amont de cette tournée, le rapport signé Dominique Payette et portant sur l’information au Québec proposait, en premier lieu, de créer un statut de journaliste professionnel. «La question du statut professionnel des journalistes est souvent perçue au Québec comme une pomme de discorde. Au début des années 2000, elle a donné lieu à des débats déchirants entre partisans et opposants au sein de la profession», mentionne le document.
«Appui massif» nécessaire
Au départ, «j’étais favorable à ce qu’il y ait une loi qui encadre le statut professionnel des journalistes», rappelle la ministre. «Mais, je vous avoue qu’à la suite de la consultation, j’ai un peu, beaucoup déchanté parce que ce n’est pas quelque chose qu’on peut faire sans l’appui massif des journalistes eux-mêmes.»
Une telle loi permettrait de «protéger les journalistes». Mais, «à partir du moment où les journalistes, à commencer par les syndicats, n’en veulent pas, ça serait assez difficile d’aller de l’avant», concède Mme St-Pierre. Il s’agit là de remarques préliminaires, nuance la ministre. Celle-ci entend prendre connaissance des conclusions des experts qui l’accompagnaient lors de sa tournée, avant de prendre une décision finale. À noter que dans certains pays, comme la France ou la Belgique, le statut de journaliste professionnel existe.
Avenir des médias
Questionnée sur sa perception de l’avenir des médias au Québec, la ministre fait état d’une «certaine inquiétude par rapport à la concentration de la presse». Sur une note plus optimiste, elle avance que les «nouvelles technologies vont peut-être faciliter les choses en termes de coûts». En revanche, «les journalistes sont perdus dans toute cette quantité d’informations qui circule», regrette-t-elle. «Ça m’inquiétait, ça m’inquiète et ça va continuer de m’inquiéter.»
Agenda 21 de la culture du Québec

L'Agenda 21 de la culture du Québec est un cadre de référence qui a comme objectif de donner l'impulsion à une vision renouvelée du développement de la culture. Il contient une mise en contexte, une introduction, trois principes, 21 objectifs, et une charte d'engagement qui vise à stimuler l'adhésion de tous les secteurs de la société. L'ensemble constitue le cadre à partir duquel pourront être mises en œuvre des actions qui permettront de renforcer les liens entre la culture et les dimensions sociale, économique et environnementale du développement durable.
Une démarche collective
La démarche d'élaboration de l'Agenda 21 de la culture du Québec s'est amorcée le 20 septembre 2010. Un comité de liaison, formé de 12 leaders de divers secteurs de la société, avait le mandat d'organiser un grand dialogue public et de susciter la participation active de la population à l'énoncé de propositions préliminaires pour l'Agenda 21 de la culture du Québec.
De novembre 2010 à avril 2011, 98 rencontres ont été organisées dans 44 municipalités, auxquelles ont participé plus de 5 000 personnes. En plus de groupes issus du milieu culturel, plusieurs autres groupes ont été rencontrés, dont les forums jeunesse, les milieux économique et municipal et, de manière particulière, les Premières Nations et les Inuits. Le 30 mai 2011, un forum national a réuni 220 participants de toutes les régions sur le thème « L'avenir de la culture au Québec, un engagement de tous les secteurs de la société ».
Charte d'engagement
De cette période de dialogue public, il se dégage une unanimité dans les secteurs culturel, économique et social et dans les milieux territoriaux pour souligner le rôle important que doit jouer la culture dans le développement de la société québécoise. Pour les divers intervenants, la culture, en plus de représenter un secteur d'activité économique majeur, est de plus en plus reconnue comme une composante essentielle au développement global du Québec en tant que véhicule de cohésion sociale, élément structurant de la qualité de notre cadre de vie et puissant catalyseur de la créativité, qui est un facteur déterminant des nouvelles économies.
Adhérer à la charte d'engagement permet de joindre ce mouvement collectif et collaboratif qui inscrit la culture au cœur du développement durable de notre société. Le site Agenda 21C est un espace d'échanges, et de diffusion d'informations. C'est un lieu de convergence qui vise à susciter la participation et l'adhésion à la proposition d'un Agenda 21 pour la culture.