La ronde des consultations
Par Yvan Noé Girouard
La ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre a effectué cet automne une tournée de consultation dans 10 villes afin de mieux cerner ce qui en est vraiment de l’information au Québec. Elle a donc mis de côté le rapport Payette, lui-même rédigé après une consultation de neuf mois auprès de personnes crédibles issues du milieu des communications. Puisqu’il apportait parfois des recommandations bizarres et souvent non fondées, la ministre aurait voulu constater de visu ce qui en était vraiment. La consultation publique portait essentiellement sur quatre points : le statut de journaliste professionnel; le mandat du Conseil de presse; le projet de plateforme Web interrégionale de Télé-Québec et enfin les médias communautaires.
Le constat de cette ronde de consultation est assez facile à résumer. Les journalistes professionnels eux-mêmes ne veulent pas d’un titre de journaliste professionnel. Le Conseil de presse veut plus de mordant : pour ce faire, il faudrait une nouvelle loi sur presse qui lui accorderait plus de pouvoir, notamment en obligeant tous les groupes de presse d’y adhérer et en obligeant tous les médias recevant un blâme de le publier ou le diffuser. Pour ce qui est du projet de Télé-Québec, ce concept demeure flou, TQ étant elle-même en consultation dans plus de 25 municipalités pour essayer de capter un intérêt chez les médias communautaires, coopératifs et indépendants. Il est beaucoup trop tôt pour dire si ce concept pourra se concrétiser et susciter l’intérêt de la population en général.
La mobilisation des journaux communautaires
Pour ce qui est des médias communautaires, radios, télés et journaux, ils sont venus en assez grand nombre expliquer à la ministre en quoi consistait leur rôle au sein de la société, recevant aussi l’appui de maints organismes également venus témoigner du rôle primordial joué par ceux-ci en région. De plus, ils sont venus exprimer à la ministre leur satisfaction à l’égard du programme d’Aide au fonctionnement pour les médias communautaires en insistant sur leur « pertinence* » et sur le fait qu’il ne fallait pas modifier le programme si ce n’est que pour l’enrichir.
Pas moins de 16 journaux membres de l’AMECQ se sont déplacés pour présenter un mémoire à la ministre et lui faire comprendre que le financement de son ministère était crucial pour eux. Ajoutons à cela la quarantaine de journaux qui, au cours de l’été, ont fait parvenir des lettres à leur député afin de les sensibiliser à la suspension du financement triennal, leur demandant ainsi d’intervenir auprès de la ministre, et qui ont publié l’annonce « Madame la ministre, ne touchez pas à mon PAF ! ».
Toute cette mobilisation aura eu des conséquences positives. Madame St-Pierre a répété à maintes occasions dans sa tournée de consultation qu’il n’était pas question d’abolir le programme d’Aide au fonctionnement pour les médias communautaires, mais plutôt de l’enrichir. À cet effet, vous pouvez lire les recommandations de l’AMECQ présentées à la ministre. Enfin, c’est à se demander si toutes ces consultations ne tourneront tout simplement pas en rond pour arriver à la conclusion que tout n’est pas si pire dans le merveilleux monde de l’information. Cela aura au moins permis à la ministre St-Pierre de constater ce qu’est réellement la presse communautaire au Québec.
*En référence à la question soulevée à la page 18 du document de consultation Pour une information au service de l’intérêt public à savoir si le soutien de l’État est toujours pertinent pour soutenir les médias communautaires. La ministre s’est d’ailleurs excusée pour l’utilisation inappropriée de ce mot.
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